Dans « Le
triomphe des égoïsmes », le sociologue Camille Peugny analyse la façon dont
les classes moyennes supérieures ont été depuis plusieurs décennies, par leur
mode de vie, les agents de la néolibéralisation qui mine notre Etat social.
Cette analyse très documentée n’aborde pas la question des retraites. Or je
pense que celle-ci n’est pas triviale.
Nous bénéficions en France d'un des régimes de retraite les plus généreux
du monde. Qui s'en plaindrait ? Ce fait brut ferait presque oublier qu’il y a,
aux extrêmes, deux styles diamétralement opposés de retraites : la croisière
s’amuse, pour les 10-20% les lieux lotis, ou la triste galère pour les deux
millions de retraités qui vivent sous le seuil de pauvreté. Retraite généreuse
pour certains, minime pour d’autres. Aucune réforme n’a réussi à rendre la
retraite équitable et universelle.
Mais le problème crucial est ailleurs : les retraites comptent pour plus
de la moitié dans le fardeau de notre dette sociale en croissance permanente.
Une des conséquences de la rigueur budgétaire qu’elle impose, non des moindres,
est que l'État n'a pas de marge de manœuvre pour mener à bien une politique
énergique de soutien de la jeunesse pauvre ou précaire. En effet, selon le
rapport 2025 des missions locales, un jeune sur quatre vit en dessous du seuil
de pauvreté, et la moitié des personnes pauvres ont moins de 30 ans.
Par ailleurs, les marchés financiers, créanciers de la France,
investissent toujours massivement dans les énergies fossiles. Si l'on ajoute à
ce constat que les classes moyennes supérieures, qui bénéficient des meilleures
retraites, sont aussi celles qui voyagent le plus, consomment le plus, sont
surreprésentées à l’Assemblée,... on comprend mieux le blocage qui cantonne la
jeunesse non privilégiée dans la précarité ou la pauvreté, qui ruine ses
espoirs de bénéficier un jour d’une retraite correcte, et qui se perpétue grâce
à l’accroissement permanent d'une dette, économique et climatique, que devrons
assumer les générations futures.
Alors, plutôt que globaliser La classe moyenne, se
focaliser sur les ultra riches, ou envisager Les retraités
comme une catégorie homogène, il faudrait dénoncer le triomphe de l’égoïsme, la
coalition fossile entre les classes moyennes supérieures et les plus riches.
Cette coalition silencieuse échappe en grande partie au clivage droite/gauche,
focalisé sur l’imposition des ultra riches, l’âge de départ à la retraite, la
sécurité ou l’immigration.
En cette période préélectorale qui s’ouvre pour plus d’une année, à nous
d’imaginer les principes d’une alliance générationnelle et climatique. Pour
rédiger le manifeste de cette Alliance, à vos plumes citoyens !
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire