Bonne année ? D'après le dernier rapport du Global Carbon Project, les émissions
fossiles mondiales ont atteint un niveau record en 2025. Ainsi, malgré nos efforts
vertueux, rien ne semble pouvoir infléchir la poursuite effrénée de
l’emballement climatique. Les voitures électriques, les panneaux solaires et
autres éoliennes n’y changeront rien. Sans bifurcation radicale le cap des 2
voire 3 degrés de réchauffement sera inéluctablement atteint, détruisant la
nature et pulvérisant les sociétés, par l’explosion des inégalités, la
répétition des catastrophes, les flux croissants de réfugiés, les crises
alimentaires et sanitaires,... Ce scénario catastrophique est largement connu,
et bien documenté, alors comment ne pas envisager sérieusement l'hypothèse d'un
suicide méthodique de l’humanité ?
Le suicide étant un acte volontaire, il faudrait désigner un
responsable. Mais plutôt qu’incriminer encore les riches, les élites, les
Trump, Poutine and co, le complot judéo-maçonnique, le capitalisme, ou une
punition divine, ne faut-il pas plutôt envisager un suicide collectif ?
Encore faudrait-il en trouver le mystérieux ressort. Je propose l’idée une part
sombre tapie au fond de l’homme, une « passion
sadique » (cf l'essai de Dany-Robert Dufour, Sadique époque). Il ne s’agit pas du sadisme
psychopathique consistant à jouir de la souffrance d’un autre, mais d’un sadisme
banal, donc bien plus redoutable. Sa maxime, inverse de la morale kantienne,
pourrait être : « Considère
l’autre, non comme une fin, mais comme un moyen pour réaliser tes propres
fins ». Ceci n’implique pas que l’autre doive souffrir, mais le fait
qu’il souffre est totalement secondaire au regard de ta jouissance.
Personne aujourd'hui, en Occident tout au moins, ne peut dire
qu’il ignore les conséquences catastrophiques de l'extraction des milliards de
tonnes de charbon, de pétrole et de gaz nécessaires pour produire et
transporter la camelote surconsommée. En ce sens, la jouissance consumériste
est sadique car elle sacrifie sciemment les autres, proches ou lointains,
dans le temps ou dans l’espace, soit un coût humain, animal et environnemental
totalement disproportionné – la proximité entre consommer et consumer est
en ce sens éclairante. Corrélativement à la libération dans l'atmosphère des
milliards de m3 de CO2 nécessaires pour notre surconsommation, le
technocapitalisme industriel a libéré un sadisme
consumériste qui n'est au fond que le prolongement du sadisme infantile décrit par Freud.
Ainsi Trump, Poutine, Musk et Xi Jin Ping ne sont que les modèles ultimes de l’homo sadicus, dignes héritiers de
Néron, Caligula et bien sûr du Marquis de Sade. Ne nous y trompons pas, il y a
en chaque être humain un fond sadique intolérant à la frustration, prêt à
sacrifier l'autre sur l'autel de sa jouissance. L'éducation vise à discipliner
cette part sauvage, mais que peut-elle aujourd'hui face aux réseaux sociaux
potentialisés par les IA, cette entreprise mondiale d'abrutissement méthodique
et d'infantilisation sadique ?
Dites-moi que j’ai tort, ou aidez moi à
penser une issue possible à cette passion sadique…