Au cœur de la démocratie, entendue comme pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple, se trouve le principe majoritaire, le fait qu’une majorité de citoyen-ne-s décide pour l'ensemble. Dans un groupe d’individus, ce principe semble rationnel et raisonnable : rationnel quand il faut décider pour tous en l'absence d'unanimité, raisonnable car l'objectivité du nombre s'impose à tous en désamorçant le conflit potentiel. Mais est-ce encore le cas dans une société de millions d’individus, quand la décision produit des gagnants et des perdants, quand il est impossible de quitter le groupe, faire sécession ? Ainsi, si le principe majoritaire semble au fondement de notre idéal démocratique, il se pourrait qu'il en soit le vice principal.
Il faut d’abord toujours garder à l’esprit que, comme l'histoire nous l'enseigne, il y a dans la démocratie un potentiel de tyrannie qui s'accommode fort bien du principe majoritaire. Les exemples dans l'Histoire abondent, aujourd'hui aussi comme en Russie, en Turquie, en Inde, aux Etats-unis, etc... Ainsi quand une majorité décide pour tous, quand les perdants sont les plus précaires, les plus pauvres, les minorités, quand l’état des connaissances est nié, quand le droit des générations futures est ignoré, cela s'apparente en fait à un coup de force. Qu’en est-il en France aujourd’hui dans les trois versions principales du Principe majoritaire : l'élection présidentielle, le Parlement et le référendum ?
La sélection pour le 2ème tour de l'élection présidentielle se joue aujourd'hui entre 15 et 30 % des suffrages exprimés, ce qui, dans un contexte d'abstention massive, signifie en fait beaucoup moins. Ainsi La base électorale réelle de l'élu-e, loin d'être majoritaire, est ultra minoritaire.
Quant au Parlement, il est de fait réduit à une chambre d'enregistrement de décisions prises ailleurs. Il est un lieu d’affrontement rhétorique où chaque parti monologue avant un vote majoritaire conforme à la configuration des forces en présence, sur lequel les débats n'ont aucune influence, pas plus que l'état des savoirs ou l'idée de justice vis à vis des moins favorisés et des générations futures.
Quant au référendum, dans sa version actuelle, l'opinion majoritaire est en amont mise en forme par les technologies d'influence des structures de pouvoir médiatique : la désinformation, le complotisme et la manipulation du "temps de cerveau disponible". On y réduit une question complexe à un choix binaire : oui ou non.
Nul-le n'ose remettre en question le principe majoritaire, devenu purement et simplement synonyme de Démocratie. Cette réduction abusive a pour effet que la seule issue apparente à la défiance envers notre démocratie libérale serait un régime autoritaire… démocratiquement élu !
Il est temps de réaliser que le véritable fondement de l'idéal démocratique, le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple, n'est pas le principe majoritaire mais le principe délibératif or celui-ci est aujourd’hui réduit à une abstraction vide.
A l’heure où l’extrême droite est en mesure d’arriver au pouvoir en France, il est urgent d'imaginer un autre régime démocratique basé sur l'institutionnalisation d'assemblées délibératives de citoyen-nes sur une question précise, informé-es de l'état des connaissances, et sensibilisé-es aux critères de l’éthique vis à vis des plus précaires et des générations futures.
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