jeudi 3 septembre 2026

La politique est-elle l'affaire des mecs ?

 

Après 25 ans de Conversation, le constat est troublant : l'expression des femmes y est rare, très rare. De mémoire je ne me souviens que de trois femmes qui aient vraiment osé se lancer. Côté hommes, seule une petite proportion s'exprime, mais le déséquilibre inter-genre est massif et constant. Il corrobore les études sur l'infériorisation de la parole des femmes dans les forums, les assemblées, les partis, les associations, les conventions citoyennes ou à l'Assemblée. Des thèses et des mémoires en études de genre relient ce phénomène à l'héritage de la domination masculine : nous vivons encore dans le vieux monde de la suprématie des mâles où les femmes n'ont pas voix au chapitre.

Malgré mai 68, #Metoo, après des décennies de féminisme, les études mettent systématiquement en évidence ce fait têtu : les femmes ne se sentent toujours pas légitimes pour parler de politique générale, elles perçoivent ce champ sur le mode d'une compétition agressive entre mâles pour le pouvoir plutôt que celui d'une coopération de tous en vue du bien commun. Du côté des intellectuelles, Hannah Arendt et Simone Veil ne compensent pas la pléthore de noms masculins sur les rayons Philosophie politique. Quant aux femmes politiques, elles n'accèdent que rarement aux plus hauts postes, et pour ce faire elles adoptent la rhétorique des mâles, changez les voix, on entend des mecs, même assurance, même vacuité. 

Si la politique est une affaire d'hommes, où est le problème ? 

1) La parole est colonisée, et l'écriture massivement remplacée par la nov'langue algorithmique standardisée des IA (dé)génératives au service des structures de pouvoir capitalistes... dirigées par des mâles blancs : les IA sont des mecs !

2) La catastrophe éco-socio-écologique est essentiellement causée par les mâles aux manettes du Capitalisme cannibale*. Il fallait une femme, Nancy Fraser, pour en démonter méticuleusement le mécanisme genré, illustrant à quel point la voix des femmes est précieuse.

Si la politique reste une affaire d'hommes, nous sommes très très mal barrés. 


*Le capitalisme est un cannibalisme, Nancy Fraser Agone, 2025

mercredi 5 août 2026

Quel est le ver de la tyrannie dans le fruit de la démocratie ?

Au cœur de la démocratie, entendue comme pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple, se trouve le principe majoritaire, le fait qu’une majorité de citoyen-ne-s décide pour l'ensemble. Dans un groupe d’individus, ce principe semble rationnel et raisonnable : rationnel quand il faut décider pour tous en l'absence d'unanimité, raisonnable car l'objectivité du nombre s'impose à tous en désamorçant le conflit potentiel. Mais est-ce encore le cas dans une société de millions d’individus, quand la décision produit des gagnants et des perdants, quand il est impossible de quitter le groupe, faire sécession ? Ainsi, si le principe majoritaire semble au fondement de notre idéal démocratique, il se pourrait qu'il en soit le vice principal.

Il faut d’abord toujours garder à l’esprit que, comme l'histoire nous l'enseigne, il y a dans la démocratie un potentiel de tyrannie qui s'accommode fort bien du principe majoritaire. Les exemples dans l'Histoire abondent, aujourd'hui aussi comme en Russie, en Turquie, en Inde, aux Etats-unis, etc... Ainsi quand une majorité décide pour tous, quand les perdants sont les plus précaires, les plus pauvres, les minorités, quand l’état des connaissances est nié, quand le droit des générations futures est ignoré, cela s'apparente en fait à un coup de force. Qu’en est-il en France aujourd’hui dans les trois versions principales du Principe majoritaire : l'élection présidentielle, le Parlement et le référendum ?

La sélection pour le 2ème tour de l'élection présidentielle se joue aujourd'hui entre 15 et 30 % des suffrages exprimés, ce qui, dans un contexte d'abstention massive, signifie en fait beaucoup moins. Ainsi La base électorale réelle de l'élu-e, loin d'être majoritaire, est ultra minoritaire.

Quant au Parlement, il est de fait réduit à une chambre d'enregistrement de décisions prises ailleurs. Il est un lieu d’affrontement rhétorique où chaque parti monologue avant un vote majoritaire conforme à la configuration des forces en présence, sur lequel les débats n'ont aucune influence, pas plus que l'état des savoirs ou l'idée de justice vis à vis des moins favorisés et des générations futures.

Quant au référendum, dans sa version actuelle, l'opinion majoritaire est en amont mise en forme par les technologies d'influence des structures de pouvoir médiatique : la désinformation, le complotisme et la manipulation du "temps de cerveau disponible". On y réduit une question complexe à un choix binaire : oui ou non.

Nul-le n'ose remettre en question le principe majoritaire, devenu purement et simplement synonyme de Démocratie. Cette réduction abusive a pour effet que la seule issue apparente à la défiance envers notre démocratie libérale serait un régime autoritaire… démocratiquement élu !

Il est temps de réaliser que le véritable fondement de l'idéal démocratique, le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple, n'est pas le principe majoritaire mais le principe délibératif or celui-ci est aujourd’hui réduit à une abstraction vide.

A l’heure où l’extrême droite est en mesure d’arriver au pouvoir en France, il est urgent d'imaginer un autre régime démocratique basé sur l'institutionnalisation d'assemblées délibératives de citoyen-nes sur une question précise, informé-es de l'état des connaissances, et sensibilisé-es aux critères de l’éthique vis à vis des plus précaires et des générations futures.


samedi 6 juin 2026

Comment faire entendre la voix de nos petits-enfants ?

 

Nous souffrons d’une illusion d’optique temporelle, un biais cognitif qui rend un gain immédiat plus grand qu’un autre, supérieur, mais éloigné dans le temps. C’est la version temporelle d’une l’illusion visuelle banale : un petit objet vu de près semble dépasser un autre, bien plus grand, mais loin de l’observateur. « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras », le sens commun fait même de ce biais une vertu. C’est ce privilège du présent sur un futur forcément incertain qui fait que les fumeurs négligent la disproportion abyssale entre leur petit plaisir et les souffrances du cancer qui les guette.

Aujourd’hui nous ne pouvons plus ignorer que notre mode de vie est incompatible avec le maintien d’une habitabilité terrestre pour la majeure partie de l’humanité. Nous sommes rassurés à peu de frais par une transition énergétique qui nous permettrait de continuer comme avant, au prix de voitures électriques, d’éoliennes, de panneaux solaires et de pompes à chaleur. Notre classe politique cultive cette illusion inter-temporelle pour deux raisons structurelles : 1) la professionnalisation provoque une aversion du personnel politique pour ce qui risque de compromettre une éventuelle réélection, 2) la moyenne d’âge des député-es, comme du corps électoral, est supérieure à 50 ans, ce qui implique que des décisions coûteuses avec des effets dans 20, 30 voire 50 ans ne les concernent pas. Pour le dérèglement climatique, l’illusion d’optique temporelle n’est pas un gain immédiat préférable à un gain supérieur dans le futur, mais une véritable cécité de l’impact de notre façon de vivre sur l’équilibre fragile de la biosphère. Les sacrifices ou les changements radicaux à faire aujourd’hui semblent énormes face à l’incertitude du bénéfice à en attendre, Quand ? Pour qui ? Où ? Juste une vie supportable pour nos petits enfants.

Face à ce constat, l’élection de 2027 apparaît pour beaucoup comme l’une des dernières possibilités de prendre cette catastrophe au sérieux, oser s’engager dans un changement de direction. Mais, comme beaucoup, je pense que les politiques ont trop à perdre pour se risquer hors de la doxa d’une transition énergétique, nécessaire mais totalement insuffisante. Il faudrait que les gens qui vivront en 2100 aient voix au chapitre. Que nous diraient-ils de faire ? Subissant les conséquences matérielles de notre incurie, ils verraient mieux que nous les bifurcations que nous n’avons pas osé prendre, par faiblesse de la volonté, illusion d’optique temporelle, négligence,…

L’économiste japonais Tatsuyoshi Saijo a développé le Future Design, une méthode de planification participative intégrant des citoyens imaginaires venus du futur. Cette méthode est inspirée d’une pratique des Iroquois intégrant pour leurs décisions les intérêts des sept prochaines générations. Cette assemblée de futur réunirait des citoyens endossant le rôle d’une personne de leur âge vivant en 2060. Ce voyage imaginaire dans le temps stimule la créativité. Ainsi nos petits enfants nous parlent, écoutons-les. Et si nous osions cette expérience, entre nous ?


vendredi 15 mai 2026

Le vote utile, stade ultime de la perte du sens démocratique ?

 

La présence (quasi) certaine du/de la candidat(e) du R.N. au second tour de la prochaine élection présidentielle, avec une réelle possibilité de l’emporter, accentuera considérablement le phénomène du vote utile. Lors des derniers scrutins, les électeurs pouvaient croire que quelque soit le challenger, un front républicain se constituerait pour barrer la route à Marine Lepen, on pouvait donc continuer à choisir au premier tour le candidat que l’on préférait, sans se préoccuper de ce que les autres préfèrent. La donne a changé, il s’agit à présent de discerner, parmi une flopée de candidat-e-s, celui ou celle qui a le plus de chance de l’emporter au 2ème tour face au duo Lepen-Bardella (L.B.) qui, quoiqu’on en dise, représente une grave menace de dérive fasciste. Ce jeu s’apparente à la métaphore du Concours de beauté utilisé par J.M. Keynes en 1936 pour illustrer le fonctionnement du marché boursier. Ce concours, organisé par un journal anglais, consistait à classer les six plus belles parmi cent jeunes femmes, le gagnant étant celui/celle dont le classement se rapprocherait le plus du classement collectif de tous les participants. Dans ce jeu, il ne s’agit donc pas d’exprimer sa propre croyance, mais de deviner ce que les autres croient, voire ce que les autres croient que tout le monde croit.

Ainsi quelles que soient nos préférences, si l’on veut à tout prix éviter le pire, il faudra voter pour… celui ou celle dont on pense qu’il/elle sera choisi(e) par la majorité des autres. Dans ce contexte, les enquêtes d’opinions étant l’élément déterminant pour objectiver la perception de la croyance collective, le profil du meilleur challenger sera façonné petit à petit par la succession des sondages et des analyses, boostés par les algorithmes des réseaux sociaux, instrumentalisés par des structures de pouvoir.

En 2027 le vote utile achèvera la mutation pathologique du scrutin majoritaire : au 1er tour je sélectionne, en fonction des sondages et des analyses expertes, celui ou celle dont je peux raisonnablement penser qu’il/elle a le plus de chance de passer au 2d tour et de battre le duo L.B. (raisonnement valable bien sûr uniquement pour ceux et celles qui rejettent absolument l’option L.B.). Le vote utile apparaît alors comme le stade ultime de la dégradation du sens de l’élection, et donc de notre démocratie elle-même. Devant une flopée de candidats, il suffira de réunir 20% environ des suffrages exprimés (soit environ 15% des inscrits) pour figurer au 2ème tour, et profiter d’un hypothétique Front républicain. Même si une majorité vous rejette, il suffira qu’elle vous rejette moins que L.B.

Espoir de régénération démocratique, il existe une alternative documentée et expérimentée au vote majoritaire : le jugement majoritaire à un tour. Chaque électeur note chaque candidat (e) sur une échelle à 6 paliers entre Très bien, jusqu’à A rejeter. L’élu(e) est ainsi à la fois le/la plus apprécié(e) et le/la moins rejeté(e). Par ce système l’élection reprend sons sens car les citoyens, dispensés des calculs stratégiques, retrouvent leur capacité politique à discerner la valeur intrinsèque de chaque candidat(e).

vendredi 20 mars 2026

Défendre la démocratie, le pire des régimes à l'exception de tous les autres ?#

 

Dans une démocratie, on peut s’affronter - parait-il - sur le terrain des idées sans avoir à se combattre armes à la main. 

Cela vaut-il mieux quelques fois ou faudrait-il rétablir les forums armes à la main ? Bicose dans une démocratie, les conflits d’idées remplacent la violence, le débat permettant à chacun d’exprimer ses positions sans que la force décide de l’issue. Cette confrontation pacifique protège les vies et laisse place au compromis. Certes, l’histoire montre que lorsque la parole est étouffée, certains se tournent vers la lutte armée ce qui indiquerait l'échec du dialogue. 

On me dit dans l’oreillette que le véritable progrès politique consiste à accepter l’opposition et à chercher des solutions par les mots plutôt que par les armes. Le conflit armé peut parfois apparaître, dans l’histoire, comme une réponse quand toutes les voies pacifiques sont impossibles et il entraîne presque toujours des conséquences très lourdes : pertes humaines, destruction, traumatismes durables et cycles de vengeance. C’est, parait-il, pour éviter ça que les démocraties cherchent à organiser le désaccord autrement : débat, vote, justice, manifestations, ces mécanismes permettant que les oppositions existent sans que la violence décide de tout.

Qu’on dit !

Regretter le conflit armé reviendrait en quelque sorte à préférer la force à la parole, cependant l’idéal démocratique consiste plutôt à accepter le conflit mais à le déplacer sur le terrain des idées où chacun peut participer, où le plus rhétoricien l’emporte sans que pour cela ça signifie qu’il aurait raison sur les faits. Des années de démocratie sans affrontement armé montrent qu’une société peut gérer ses désaccords ou ses contradictions (comme aiment à le dire les marxistes) sans recourir à la violence. Le débat, les élections et les institutions offrent des moyens de régler les conflits tout en préservant la vie en société avec comme alibi un apprentissage collectif disant que la force n’est pas nécessaire pour trancher les divergences. Il révèle aussi que la paix politique demande des règles, du respect et une volonté d’écouter l’autre. La démocratie n’efface pas les tensions, mais elle apprend à les transformer en dialogue plutôt qu’en combat.

Y a des fois où, personnellement, je regrette le temps béni des duels ou des affrontements barre de fer à la main (coucou Alain Madelin que j’ai bien connu à la Mutualité en juin 1973) et, je dirais pour finir, que si les élections servaient réellement à quelque chose, ça ferait bien longtemps qu’elles eussent été supprimées.

Alexandre

vendredi 27 février 2026

Quelle alliance contre le triomphe de l'égoïsme ?

 

Dans « Le triomphe des égoïsmes », le sociologue Camille Peugny analyse la façon dont les classes moyennes supérieures ont été depuis plusieurs décennies, par leur mode de vie, les agents de la néolibéralisation qui mine notre Etat social. Cette analyse très documentée n’aborde pas la question des retraites. Or je pense que celle-ci n’est pas triviale.

Nous bénéficions en France d'un des régimes de retraite les plus généreux du monde. Qui s'en plaindrait ? Ce fait brut ferait presque oublier qu’il y a, aux extrêmes, deux styles diamétralement opposés de retraites : la croisière s’amuse, pour les 10-20% les lieux lotis, ou la triste galère pour les deux millions de retraités qui vivent sous le seuil de pauvreté. Retraite généreuse pour certains, minime pour d’autres. Aucune réforme n’a réussi à rendre la retraite équitable et universelle. 

Mais le problème crucial est ailleurs : les retraites comptent pour plus de la moitié dans le fardeau de notre dette sociale en croissance permanente. Une des conséquences de la rigueur budgétaire qu’elle impose, non des moindres, est que l'État n'a pas de marge de manœuvre pour mener à bien une politique énergique de soutien de la jeunesse pauvre ou précaire. En effet, selon le rapport 2025 des missions locales, un jeune sur quatre vit en dessous du seuil de pauvreté, et la moitié des personnes pauvres ont moins de 30 ans.

Par ailleurs, les marchés financiers, créanciers de la France, investissent toujours massivement dans les énergies fossiles. Si l'on ajoute à ce constat que les classes moyennes supérieures, qui bénéficient des meilleures retraites, sont aussi celles qui voyagent le plus, consomment le plus, sont surreprésentées à l’Assemblée,... on comprend mieux le blocage qui cantonne la jeunesse non privilégiée dans la précarité ou la pauvreté, qui ruine ses espoirs de bénéficier un jour d’une retraite correcte, et qui se perpétue grâce à l’accroissement permanent d'une dette, économique et climatique, que devrons assumer les générations futures. 

Alors, plutôt que globaliser La classe moyenne, se focaliser sur les ultra riches, ou envisager Les retraités comme une catégorie homogène, il faudrait dénoncer le triomphe de l’égoïsme, la coalition fossile entre les classes moyennes supérieures et les plus riches. Cette coalition silencieuse échappe en grande partie au clivage droite/gauche, focalisé sur l’imposition des ultra riches, l’âge de départ à la retraite, la sécurité ou l’immigration.

En cette période préélectorale qui s’ouvre pour plus d’une année, à nous d’imaginer les principes d’une alliance générationnelle et climatique. Pour rédiger le manifeste de cette Alliance, à vos plumes citoyens !

jeudi 5 février 2026

Quels sont les "mots-arsenic" de notre époque ?

 

Victor Klemperer, fin analyste de la propagande nazie, avait compris que « les mots peuvent être comme de minuscules gouttes d'arsenic : on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu'après quelque temps, l'effet se fait sentir ». Ce diagnostic est encore plus pertinent aujourd’hui, car la propagande a profondément changé de nature ; à l'ère des réseaux, le langage n’est plus tant un vecteur d’idées qu’un bain immersif fait de mots, d’éléments de langage, de formules, de slogans,... Dans le bourdonnement incessant et désordonné du flux de signes, les discours marquent moins notre esprit que la prolifération de certains mots qui nous traversent sans qu'on les remarque, diffusant de minuscules gouttes d’arsenic : une charge émotionnelle, des connotations, des présupposés, des associations, qui nous imprègnent et déterminent nos idées, nos actions. Parmi ces mots opérant en nous, à notre insu, beaucoup plus insidieusement que des discours structurés, je distingue les mots-cloches et les mots-poisons.

Les mots-cloches sont neutres en eux-mêmes, mais leur répétition insistante, comme les cloches de l’église appelant les fidèles, agit sur les esprits. Ainsi sécurité, immigration, identité, sont des signes avant-coureurs de la conquête du pouvoir par le R(F)N. Ce qu'on a coutume d'appeler « dédiabolisation » n'est donc pas tant le résultat d'une stratégie organisée, que celui d'une mise en condition lexicale par les médias et les algorithmes. Les électeurs n'ont au fond de "bonnes raisons" de voter R(F)N que parce qu'ils baignent dans un bain de mots-cloches qui rendent ces raisons "bonnes".

Les mots-poisons par contre sont toxiques en eux-mêmes, ainsi : intelligence artificielle, Grand remplacement et antisionisme. 1) L'intelligence supposait jusqu'à présent une subjectivité, un projet de sens. En nommant "intelligence" un dispositif statistique automatisé, au service de gigantesques structures de pouvoir, nous nous accoutumons petit à petit, à déléguer nos fonctions intellectuelles supérieures. 2) Le grand remplacement, fantasme paranoïaque d'extrême droite, est repris par J. L. Mélenchon, en une sens certes différent, mais participant à la lente diffusion de ce poison, aggravant par ailleurs la confusion entre gauche et droite, extrême gauche et extrême droite. 3) L'antisionisme entretient l'ambiguïté entre le projet socialiste des fondateurs d'Israël, le gouvernement actuel d'extrême droite, les colonies illégales et les suprématistes juifs fanatiques. Etant donné que la grande majorité des juifs considèrent que l'existence d'Israël est nécessaire comme refuge ultime face à l'antisémitisme persistant, l'antisionisme n’est rien d’autre que le masque de l'antisémitisme.

Que faire contre les mots-poisons ? Être conscient de leur effet et lever leur ambiguïté : renommer les IA « Perroquet stochastique » ou « images hypertruquées » ; plutôt que le très ambigu « antisionisme », dénoncer clairement et précisément la politique d’extermination du gouvernement israélien d’extrême droite ou les colons racistes et suprémacistes en Cisjordanie.